le jardin de Jean-Jacques

DÉMARCHE PARTICIPATIVE POUR L'AMÉNAGEMENT D'ESPACES EXTÉRIEURS PAYSAGERS.

L'Institut Médico-Éducatif (IME) Jean-Jacques Rousseau souhaitait reconduire son expérience d'accueil en résidence d'artistes ou de créateurs, afin de construire avec les pensionnaires et les équipes un projet mobilisateur pour les jeunes. Après découverte du site, ce sont les espaces extérieurs qui retiennent toute notre attention.

Découvrir, toucher, questionner, observer, s’imaginer, apprendre...

Autant de manières pour les jeunes de s’approprier le projet à travers les ateliers.
 Ayant initialement pour but de les faire parler sur leurs espaces du quotidien, les ateliers se sont peu à peu transformés en temps introductifs, des moments préparatoires avant chaque chantier laissant la possibilité de comprendre, de choisir et de donner son avis sur chacune des interventions proposées.

 

Ces temps se sont couplés à la production d’un herbier constitué en itinérance au fil de la découverte des espaces extérieurs jusqu’à faire le tour de l’IME. Passer du « JJR Stadium », vers « l’Accueil », avant de rejoindre « le Chardin » et s’inspirer de l’identité de chaque lieu pour créer un herbier made in Jean-Jacques ! 

banc table IME_vert.jpg
62_OVENB.jpg

 + en deux mots 

LIEU : IME Jean-Jacques Rousseau, Vénissieux

BUDGET : 25 000 €

DATE : 2018-2019

 

L'IME Jean-Jacques Rousseau possède de grands espaces extérieurs qui entourent un bâtiment tentaculaire de plain pied des années 70. L'endroit est vaste et certains de ces espaces ne sont pas du tout utilisés.

Au départ invités pour travailler sur le jardin potager pris en charge par un groupe de résidents, nous proposons - à la découverte de ce jardin - d'étendre notre champ d'action à l'ensemble de celui-ci.

Notre présence au sein de l'IME Jean-Jacques Rousseau est menée sur le principe d'une résidence artistique de plus d'un an, qui allie des temps de travail avec les jeunes de l'établissement et des temps solitaires.

 

Une première phase d'analyse des lieux nous amène à la conception de petits projets d'aménagement ou d'embellissement qui seront réalisés dans un troisième temps.

// ADAPTATION DE LA MÉTHODOLOGIE


La résidence s’est décomposée en trois phases.

 

- Dans un premier temps, nous avons travaillé avec un petit groupe de jeunes afin d’écrire les premières lignes du projet ensemble et d’apprendre à se connaître mutuellement. 
 

- Puis il y a eu un temps d’ouverture sur d’autres groupes, ainsi que l’opportunité de communiquer la démarche au reste des équipes éducatives à travers une journée de présentation. Une occasion cruciale pour la suite du projet, puisqu’il a été question d’aborder les envies, les attentes et les rêves de tous ceux qui se prêtaient au jeu de la boîte à idées. Aussi, à partir de cet évènement, a été instauré un outil pour informer de notre présence à l’ensemble des occupants de l’IME. 
 

- Enfin, les « Semaines Productives » ont été l’occasion d’ouvrir le projet à tous les intéressés de l’établissement. Bénéficiant d’un format long, chaque semaine a eu pour but de traiter une thématique d’aménagement des espaces, telles que les plantations, la construction de mobilier, la signalétique et la fabrication d’un barbecue en pisé.

 

La serre a été la première demande de construction émanant du groupe jardin afin de s’appuyer sur une dynamique déjà existante à l’IME qu’était le potager. Première occasion pour les jeunes de manier les visseuses, les serres-joints, les marteaux et autres outils pour construire ce bel élément. Aujourd’hui on y voit pousser de grosses fraises et des herbes qui sentent bon !


En hiver aussi, on peut travailler les espaces extérieurs de l’IME. Et pourquoi pas créer un verger afin de structurer un peu la grande pelouse au Sud ? C’est comme ça qu’on se retrouve début mars à transporter les plantes livrées depuis l’accueil, creuser des trous un peu partout, placer de la corne et un peu d’engrais pour accompagner la croissance, décoiffer un peu les racines pour leur permettre de se libérer, puis recouvrir de terre et arroser généreusement. De gros piquets en châtaignier bombés à la peinture viennent ensuite ponctuer le verger de couleurs servant à la fois de tuteurs et d’identificateurs d’espèces. Avec les quelques 19 arbres plantés, il faut bien des indices pour les reconnaître. Et voilà, l’Arboretum commence à prendre racine ! On ne néglige pas pour autant les autres espaces : la sculpture de l’accueil cohabite avec quelques nouvelles plantes, et la cour des 18-20 voit apparaître des arbustes fruitiers odorants et des grimpantes. Tout ce beau chantier s’est tenu avec la compagnie de Nicolas, technicien des services de la Ville pour nous apprendre les bons gestes, et d’Anne Guicherd, de l’association « À l’œil nu », pour filmer ces moments de partage autour du jardin dans le cadre d’un documentaire sur les espaces végétalisés de Vénissieux.


Un banc pour tous - aussi appelé le banc « abri-bus » - est né d’une activité constatée fréquemment dans la cour des plus jeunes : observer le trajet du tramway T4 passant juste derrière la clôture pendant les temps de pause. Avec du bois et de la tôle récupérés, nous avons imaginé ensemble à quoi pourrait ressembler ce banc-observatoire inclusif. Quelques couleurs et un nom plus tard, le voilà posé dans l’espace arboré qu’est aujourd’hui le verger.


Après une étape essentielle de préfabrication en atelier, les plats métalliques découpés, percés et cintrés débarquent à l’IME. On s’installe alors entre les garages et le local des espaces verts, sous un soleil printanier, avec machines, outils, matériaux et bonne volonté ! Masques, gants et casques anti-bruit sont alors de rigueur pour un programme ambitieux : fabriquer des tables et des bancs pour l’intérieur et l’extérieur, déplaçables au gré des envies ... Au programme : découpe de planches de coffrage à la scie radiale, assemblage des sections métalliques par rivets, fixation par boulons des plateaux sur les pieds, ponçage avec les ponceuses orbitales et d’angles, application de la protection anti-rouille sur les pieds ... Petit à petit, les tables et les bancs prennent forme.

A les voir aujourd’hui, on peut penser qu’ils ont toujours été là. 

Peindre au sol un élément pouvant aider les visiteurs à se repérer dans l’espace, voilà l’ambition d’un nouveau micro-chantier. Par volonté d’inclure l’ensemble des occupants de l’IME, 10 propositions ont été définies avec quelques jeunes, avant d’être soumises au vote de tous. C’est ainsi qu’on peut aujourd’hui voir au sol une table d’orientation indiquant les principales directions aux nouveaux arrivants.


Pour cette dernière session de chantier, nous nous sommes glissés dans l’arrière-cour de l’établissement, côté internat. Ayant déjà commencé à être investi par le groupe des internes avec une terrasse en palettes, un terrain de pétanque, etc., cet espace accueille une vie bien remplie durant les beaux jours. Après discussion avec l’équipe éducative, il nous est apparu qu’il manquait un élément important : un barbecue en dur. En effet, les grillades représentent une activité très prisée durant l’été et un élément solide et durable dans le temps semblait plus qu’indispensable.
 Le matériau terre est l’une des grandes lubies du Collectif, il a donc été évident que le barbecue serait en pisé. Sur les 90 cm de terre, nous disposons une belle pierre de Villebois sur laquelle est fixée une structure métallique pour accueillir les grillades.


On ne pouvait évidemment pas partir sans dire au revoir ! Pour fêter la fin de cette belle résidence, l’IME, la Maison de Quartier de la Darnaise et le Collectif se sont alliés pour organiser un moment convivial sur la thématique de la terre. Le dernier chantier s’étant penché sur le pisé, on y a vu l’opportunité de communiquer sur ce système constructif quelque peu oublié et de faire des liens avec des activités manuelles intéressantes pour un large public. Un bon prétexte pour accueillir des personnes de l’extérieur et partager ensemble quelques ateliers (poterie, modelage ou pisé) et de goûter autour d’un chaleureux spectacle. 


Cette résidence a été riche en partage mais aussi intense dans la remise en question de notre démarche créative, pédagogique et participative. Habitués aux interventions en contexte scolaire, il a fallu ici adapter nos façons de faire à chaque jeune, se légitimer et répondre aux attentes de ce public si hétérogène, parfois méfiant, parfois interrogateur, dans le but de composer ensemble. Inventer une manière de « concevoir » en sortant d’une approche trop abstraite de la création. Miser sur le manuel comme format de rencontre, le bricolage comme expérience d’inventions, et la diversité des techniques et chantiers pour produire un patchwork d’objets - petits échantillons d’un jardin désormais transformé. 

  • Noir Twitter Icon